Arnaldo Otegi propose un changement juridique pour libérer 177 membres de l’ETA

La stratégie d’EH Bildu

Le leader d’EH Bildu demande une modification du code pénal de 2003 pour pouvoir limiter les peines et libérer les détenus

Arnaldo Otegi, ce lundi, à San Sebasti
Arnaldo Otegi, ce lundi, à Saint-Sébastien.EFE

Arnaldo Otegi, le leader d’EH Bildu, a avoué lundi dernier à l’école d’armurier d’Eibar qu’il avait gravé sur son front la libération des 177 prisonniers de l’ETA en Espagne et qu’il avait besoin de Pedro Snchez pour continuer à La Moncloa pour promouvoir un changement dans la Code Pénal qui ouvre les portes des prisons.

La « mère de toutes les batailles » pour l’ancien membre de gang et chef de la Batasuna interdit est de raccourcir les peines d’environ 80 terroristes qui ont été condamnés à 40 ans de service après la réforme juridique promue par le gouvernement de Jos Mara Aznar en 2003.

La libération des terroristes qui ont exécuté 850 victimes de l’ETA est la priorité du chef d’EH Bildu malgré la déclaration qu’il a lue, quelques heures auparavant, dans les jardins du palais Aiete à Saint-Sébastien.

La gauche nationalisteBlanchi à la chaux sous l’acronyme de la coalition EH Bildu a dans sa feuille de route politique la libération de tous « ses prisonniers », réalisant cette réforme juridique dans les six prochaines années. Un objectif et une échéance qui déterminent l’engagement explicite d’Arnaldo Otegi de maintenir Pedro Snchez à la présidence du gouvernement non seulement avec ses cinq députés. [y los que pueda tener en la prxima legislatura], mais aussi avec l’influence qu’il exerce sur ERC, PDeCAT et le BNG, les partis qui ont signé avec EH Bildu la Déclaration de la Llotja de Mar en octobre 2019. Un front souverain essentiel pour l’inauguration de Sanchez en décembre 2019 et aussi nécessaire pour aborder ce qu’Otegi a défini comme « la mère de toutes les batailles ».

Otegi fait allusion à sa « responsabilité »

« Hori da (c’est-à-dire en basque) la mère de toutes les batailles », a répondu Otegi à l’une des questions qui lui ont été posées lors d’une conférence tenue à Eibar sept heures seulement après que lui, avec Arkaitz rodriguez lire un communiqué en cinq points qui incluait la reconnaissance que la « douleur » causée aux victimes par les terroristes de l’ETA « n’aurait jamais dû arriver ». Une reconnaissance aussitôt applaudie par des membres du PSOE comme Patxi Lpez et Podemos comme le ministre et secrétaire général, Ione Belarra.

Le geste présumé envers les plus de 850 personnes assassinées par l’ETA et leurs proches lors de l’acte public a permis à Otegi de « donner un coup de pied à la fourmilière » et de placer EH Bildu « au centre du tableau », a-t-il avoué quelques heures plus tard.

Dans les explications de son militantisme, Otegi est sincère et établit clairement la formule « budgets pour les prisonniers » dans les négociations déjà en cours avec le gouvernement de Pedro Sánchez. Dans la nuit de ce mercredi, et après la polémique générée, dans une interview à Jess Eguiguren, au Radio EuskadiOtegi a fait allusion à sa « responsabilité » d’anticiper le soutien des comptes même si les 200 prisonniers de l’ETA ne sont pas libérés maintenant. « Un gouvernement de progrès doit s’appuyer sur les indépendantistes basques et catalans », a-t-il prévenu.

Les prisonniers sont, comme l’a reconnu le leader de la gauche nationaliste dans la vidéo diffusée par Antena 3 et Vocento, dans le « frontispice » de sa stratégie politique, bien qu’il ne soit pas intéressé à le reconnaître publiquement et soit même un motif de confrontation avec des syndicats comme ELA et LAB qui remettent en cause le soutien d’EH Bildu à Sanchez et, expressément, aux budgets généraux de l’État. Un avenant par lequel EH Bildu a réussi à transférer « cinq prisonniers par semaine », dont ont bénéficié 202 membres de l’ETA depuis 2018, selon les données de l’AVT.

Réforme du Code pénal

Mais Otegi veut bien plus que des gros plans. « Nous devons forcer le gouvernement [de Snchez] d’introduire un changement législatif qui favorise les prisonniers de l’ETA », a avoué Otegi aux siens à Eibar. Ce changement législatif est basé sur l’élimination de deux questions clés introduites en 2003 dans le Code pénal par le gouvernement Aznar. D’une part, les peines des criminels les plus sanguinaires arrêtés et jugés après 2003 ont été portés à 40 ans.

Mais surtout, la réforme de 2003 durcit les conditions de sortie de prison des membres de l’ETA dès l’obtention du troisième degré ou de la libération conditionnelle. Depuis lors, les terroristes emprisonnés doivent purger au moins les quatre cinquièmes de la peine maximale pour avoir accès au troisième degré, et cette exigence est encore plus élevée pour avoir droit à une libération conditionnelle.

Par ailleurs, il est établi que pour obtenir le changement de grade il doit y avoir un pronostic individualisé et favorable de réinsertion sociale, mais cet obstacle sera plus facile à surmonter après le transfert de la gestion des prisons au Pays Basque.

Le gouvernement d’Iigo Urkullu a annoncé qu’il multiplierait la « semi-liberté » des peines et il reste à voir comment il influencera les commissions de traitement qui ne se sont pas encore réunies après le transfert. À l’heure actuelle, 104 détenus ont déjà formellement demandé leur transfert au Pays basque. Une autre pièce du puzzle d’Otegi, l’allié de Pedro Snchez.

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