Le gouvernement n’est pas encore parvenu à débloquer les échanges avec l’Algérie et la France et appelle tous les deux au « dialogue »

Le bureau commercial espagnol à Alger juge impossible d’exporter alors que l’ordre de blocage bancaire persiste alors que la ministre française se met en profil

Le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, avec son homologue saoudien, Faisal bin Farhan Al Saud.
Le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, avec son homologue saoudien, Faisal bin Farhan Al Saud.MME
  • Union européenne Bruxelles estime que l’Algérie a violé les accords avec l’ensemble de l’UE et lui demande instamment de rectifier immédiatement
  • étranger L’Algérie suspend « immédiatement » le traité d’amitié avec l’Espagne après que Sánchez ait réaffirmé son embardée sur le Sahara

L’Algérie maintient toujours un blocus sur le commerce avec Espagne plusieurs jours après que le gouvernement a assuré que le pays maghrébin reculait. Le Bureau Commercial d’Espagne à Alger considère qu’il est impossible, dans une note officielle, que les entreprises espagnoles puissent exporter vers ce pays dans les conditions actuelles et les ministère de l’Industrie confirme que depuis vendredi dernier, lorsque le gouvernement a interprété que l’Algérie débloquait le commerce, « il n’y a pas eu d’opérations ». Au dernier moment, le ministre français des Affaires européennes est entré en scène, Catherine Colonnequi, dans un geste inhabituel, a rendu public qu’il avait parlé de l’Espagne avec son homologue Ramtane Lamamra en dehors du gouvernement de Sánchez, mais le résultat est qu’il se met en profil. Au lieu de reprocher à l’Algérien la suspension des échanges avec l’Espagne, il s’est borné à rappeler, selon un communiqué officiel, sa volonté de « bonnes relations entre nos partenaires européens et les pays de la rive sud de la Méditerranée ». Et de montrer « la confiance que le dialogue nous permettra de faire face aux défis communs ».

Selon l’office commercial espagnol précité, l’Algérie n’a suspendu que le traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération avec l’Espagne « qui n’inclut pas les questions commerciales » évitant ainsi théoriquement la confrontation avec Bruxelles. Mais elle ajoute qu’elle maintient l’injonction du 9 juin à la banque algérienne de « geler les prélèvements pour le paiement des opérations de commerce extérieur (importation et exportation) avec l’Espagne ». Et, selon le bureau commercial, comme « en Algérie toutes les opérations d’importation de biens et de services nécessitent un prélèvement automatique », cette mesure « rendrait impossible les exportations de l’Espagne vers l’Algérie à partir du 9 juin ». Il s’agit, selon lui, d’une « mesure discriminatoire à l’encontre de l’Espagne ». « Les opérations doivent nécessairement passer par Banque centrale d’Algérie, donc ce dernier a le pouvoir de bloquer tout paiement ou encaissement », souligne-t-il dans un exemple de la façon dont les entreprises espagnoles sont laissées à la merci des décisions discrétionnaires des autorités algériennes.

De plus, « dans le cas de produits destinés à la vente sans transformation, le prélèvement doit être effectué au moins 30 jours avant l’expédition de la marchandise et pour un montant de 120% de la facture », il est donc risqué pour les entreprises de tenter des opérations dans la crise diplomatique actuelle. En revanche, les contrats de vente de gaz algérien ne sont pas concernés car ils ne nécessitent pas de prélèvement automatique.

« S’il est vérifié que les obstacles au commerce avec l’Espagne et, par conséquent, avec le secteur extérieur européen persistent, l’UE dispose d’un large éventail d’instruments pour faire face aux mesures coercitives des pays tiers », souligne le ministre de l’Industrie Reyes Maroto. Cependant, il ne revendique pas de représailles contre le Commission européenne: « Nous privilégions toujours le dialogue comme moyen de résoudre les différends. »

La première vice-présidente, Nadia Calviño, a demandé lundi à Alger de retirer cette décision et a souligné qu’elle menait cet attentat sous l’influence du président russe Vladimir Poutine. « Je vois l’Algérie de plus en plus alignée sur Russie», a-t-il déclaré sur Catalunya Radio. «J’observe depuis longtemps un alignement de l’Algérie sur les positions de la Russie (…) J’espère que l’Algérie reviendra sur sa position et les déclarations qu’elle a faites car il est clair que l’Espagne fait partie de l’UE et qu’elle a donné une réponse très claire, énergique et immédiate, ne laissant aucun doute sur le fait que la politique commerciale est une politique commune de l’UE.

Cependant, l’Algérie n’a pas détecté de pression ce lundi de la part du principal pays de l’UE : Allemagne. La numero deux du ministère allemand des Affaires étrangères, Katja Keul, s’est rendu à Alger en plein affrontement entre ce pays et l’Espagne et le Haut Représentant pour la politique étrangère, Josep Borrell, pour signer de nouveaux accords de coopération culturelle et scientifique et même parler de « la consolidation de l’Association entre l’Algérie et l’Union européenne » , selon un communiqué de Ministère algérien des Affaires étrangères. Cet accord est précisément celui que le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, considère comme violé par le blocus bancaire du commerce. Borrell a également souligné qu’il l’avait peut-être violé.

Keul, membre des Verts de la coalition allemande, assure s’être rendu en Algérie car « c’est un acteur clé dans la résolution des problèmes régionaux au nord et à l’ouest de Afrique. Il est donc important pour moi d’intensifier le dialogue politique. Au cours de mon voyage, je parlerai notamment de la situation politique et sécuritaire au Sahel. Avec une délégation commerciale de haut niveau, j’offrirai également au gouvernement algérien une coopération encore plus étroite pour développer nos relations énergétiques », a-t-il déclaré dans un communiqué signé vendredi dernier, deux jours après la révélation du blocus commercial contre l’Espagne.

Si Calviño a raison de dire que Poutine dresse l’Algérie contre les Européens, le Russe ne semble pas s’intéresser à deux pays importants de l’OTAN comme l’Allemagne ou Italie. Le premier ministre italien, Mario Draghi, a lancé en avril dernier à Alger, déjà avec la guerre en Ukraine en cours, une augmentation de 50% de l’approvisionnement en gaz algérien comme alternative au russe.

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